Séminaires

Construction des savoirs et des pratiques : acteurs et enjeux de ‘visibilisation’ (XIXe-XXIe)

L’effet Matilda
 
Dans le cadre de l’axe « Construction des savoirs et des pratiques : acteurs et enjeux de ‘visibilisation’ (XIXe-XXIe) » porté par l’équipe GHDSO, plusieurs séances de séminaire seront l’occasion de travailler collectivement sur un terme nodal, que ce soit en terme de posture ou d’objet de recherche.
La troisième séance se tiendra le 6 janvier à 13h30
 
Les séances précédentes ont été riches en problématiques et interrogations et ont permis d’entrevoir des pistes de réflexion stimulantes à titre collectif et individuel. La session de janvier, sous la forme d’un brainstorming, permettra de consolider les axes de recherche à porter pour les mois à venir. 
Le séminaire aura lieu le mercredi 18 novembre à 13h30.
 
Plus particulièrement, l’auteur décrit les incidences et  conséquences de ce qu’il dénomme la « logique de marquage social » selon laquelle les sociologues rendent visibles, soulignent l’une des faces, l’un des pôles d’une catégorisation, d’une réalité tout en ignorant ou en minorant l’autre face, rendue en quelque sorte « invisible », n’étant guère objet d’attention et dès lors implicitement conçu, donné à penser comme socialement neutre et épistémologiquement non problématique. Ainsi, certaines recherches (pourrait-on généraliser à la Recherche ?) sont amenées à mettre en lumière l’exceptionnel, l’intéressant, l’inédit, l’extrême, le hors-norme, au risque, par là-même, soit de renforcer les stéréotypes qu’elle cherche à dissiper, soit d’ignorer l’ordinaire, plus prégnant dans les faits. Comme l’énonce W. Brekhus, « Ainsi, dans plusieurs secteurs de la sociologie américaine, ce qui est ontologiquement hors du commun attire une attention épistémologique disproportionnée par rapport à sa fréquence effective dans la vie sociale. Cette asymétrie épistémologique entre notre traitement des phénomènes extraordinaires (ou marqués) et des phénomènes ordinaires (ou non marqués) a des conséquences analytiques importantes » (p 2).
Ces «  ghettos épistémologiques », que l’auteur illustre à plusieurs reprises grâce à de nombreux cas nous interrogeront quant au statut du chercheur en tant qu’acteur de mise en visibilité et dans sa responsabilité à élargir le spectre de visibilité des acteurs qu’il étudie, ou plus généralement, à élargir le spectre de visibilité.
 
Article débattu
L’effet Matilda
 
Dans le cadre de l’axe « Construction des savoirs et des pratiques : acteurs et enjeux de ‘visibilisation’ (XIXe-XXIe) » porté par l’équipe GHDSO, une première séance de séminaire aura lieu le vendredi 9 octobre de 10h à 12h
 
Cette séance aura lieu en présentiel, un lien permettra également d’accéder à distance aux échanges.
 
Ces séances seront l’occasion de travailler collectivement sur un terme nodal, que ce soit en terme de posture ou d’objet de recherche. Pour lancer le séminaire, Hélène Gispert reviendra sur les premiers usages du terme « visibilisation » (terme venant de l’historienne des sciences Margaret Rossiter) :
 
« The Matthew Matilda effect in Science » (Margaret Rossiter 1993) – De premiers éléments historiographiques sur l’invisibilisation des femmes dans les sciences     

En 1968,  Robert Merton nomme « Matthew effect », le phénomène de « halo » qui attribue à des scientifiques renommés des travaux qu’ils n’ont pas fait, ou pas fait seuls. Une démonstration sociologique savante de l’adage « il pleut toujours où c’est mouillé »…
Ceci implique, second temps de l’effet Matthieu, que celui qui n’est pas connu ne se voit pas attribué ses propres travaux au bénéfice des plus connus ou, dans  notre autre formulation, qu’ il ne pleut pas là où il n’a pas déjà plu. S’attachant à l’histoire qui a été faite au cours du XXe siècle aux États Unis des femmes scientifiques, Matilda Rossiter reprit l’analyse de Merton de ce phénomène d’invisibilisation en montrant sa permanence et sa spécificité dans le cas des femmes. Elle le baptisa l’effet Matilda.
Depuis, une importante littérature est parue aux États Unis et dans le monde anglo-saxon. En revanche, quasiment aucun travaux en langue française. »
 
Descriptif de l’axe « Construction des savoirs et des pratiques : acteurs et enjeux de ‘visibilisation’ (XIXe-XXIe) »
 
L’enjeu de cet axe est double : être fédérateur au-delà des spécificités disciplinaires et aboutir à des apports individuels et collectifs, avec une production commune. Il rassemble des historiens des sciences et des techniques (D. Berdah, M. Clery, R. d’Enfert, D. Fauque, V. Fonteneau, M. Itoiz, A. Jacq), sociologue (A. Bidois), spécialiste des sciences de l’information et de la communication (A. Jolivet).
Pour le structurer, la question des « acteurs et enjeux de visibilisation » a été retenue car elle correspond pour chacun des contributeurs soit à une spécificité forte de ses recherches, soit à un enjeu des recherches à venir, soit des problématiques contemporaines, soit historiques. S’appuyant sur plusieurs projets, la difficulté et l’enjeu seront de les faire évoluer sans cloisonnement, ce qui implique un dialogue constant entre questionnement et projets. Les enjeux de ‘visibilisation’ seront traités à deux niveaux en suivant les co-productions et circulations de savoirs et de pratiques en sciences, médecine et santé. Le premier appréhendera les processus de visibilisation en tant qu’objet de recherche, en étudiant les stratégies mises en œuvre par les différents acteurs afin de se rendre visibles et en interrogeant les multiples finalités (reconnaissance, régulation, légitimité et conséquences quant à l’évolution de leurs pratiques). Le second niveau s’ancre sur l’expertise du GHDSO de travailler au-delà des élites scientifiques et de leurs institutions, en élargissant les sphères étudiées à des acteurs peu ou pas visibles (entrepreneurs, artisans, praticiens, préparateurs, enseignants, vétérinaires, etc.). Il s’agira de tirer toute la portée historiographique de cette posture de recherche. A. Jolivet proposera une réflexion sur la structuration de l’éthique dans les établissements de santé, afin de mettre en lumière les formes de mise en visibilité des pratiques et des acteurs que ces dispositifs peuvent engendrer. Il s’agira de se demander dans quelle mesure l’institutionnalisation de l’éthique donne à son potentiel transgressif une visibilité et une portée régulatrice particulière.
Pour les problématiques historiques, l’une portera sur les sociétés savantes, industrielles, etc. Dans le prolongement du travail sur l’offre locale, il s’agira d’étudier l’investissement de ces acteurs collectifs dans la formation, de la sociabilité de la vie savante qui s’y joue, des profils de ses membres  (A. Bidois, R. d’Enfert, V. Fonteneau).  D Fauque continuera son travail sur les manifestations publiques des sociétés savantes académiques et industrielles de la chimie « qui donnent à voir » leur travail de normalisation/standardisation, de ces sociétés qui font le lien entre la société civile, le monde académique, le monde industriel et le monde politique. Une seconde problématique portera sur les questions sciences-industrie, avec des travaux sur les ingénieurs chimistes dans le prolongement de son HDR pour V . Fonteneau, ceux de D. Berdah et A. Jacq autour des processus de médicalisation de l’agriculture et ses nombreux acteurs (vétérinaires, associations de la société civile, syndicats agricoles, zootechniciens, membres de l’industrie pharmaceutique, etc.), enfin ceux de Matthias Cléry sur le rôle des mathématiciens dans le champ des assurances en France entre 1918 et 1940. La troisième problématique traitera des instruments scientifiques dans une approche locale, en les replaçant dans leur contexte (le ou les laboratoires, l’institution, les hommes/femmes qui les fabriquent, les utilisent, les réparent – artisans, chercheurs, enseignants, techniciens, étudiants, etc.) (V. Fonteneau, M. Guedj, M. Itoiz)

Séminaire PéLiAS (périodiques littérature, arts, sciences) Les périodiques comme médiateurs culturels​

Vendredi 11 octobre, MSH Paris Saclay, 16h-19h
Périodique et traduction
Francis Mus (Université de Liège, CIRTI) et Patrice Bret (Centre Alexandre
Koyré, Paris, sous réserve)

Organisateurs :
Hélène Védrine (Paris-Sorbonne, CELLF 19-21)
Norbert Verdier (Paris-Sud, GHDSO)
Alexia Kalantzis (Versailles Saint-Quentin, CHCSC)

Comité scientifique :
Evanghelia Stead (UVSQ, CHCSC)
Hélène Gispert (Paris-Saclay, GHDSO)
Viera Rebolledo Dhuin (UVSQ, CHCSC)
Hélène Védrine (Paris-Sorbonne, CELLF 19-21)
Norbert Verdier (Paris-Saclay, GHDSO)
Alexia Kalantzis (UVSQ, CHCSC)

Pour plus d’informations sur le séminaire PéLias

Savoir & Pouvoir – 6ème séance – 20/05/2019

Jérôme AUST et Emmanuelle PICARD, « Gouverner par la proximité. Allouer des fonds à des projets de recherche dans les années 1960 », (article paru dans Genèses, 2014/1 (n° 94), p. 7-31).

Prochaine séance le 20 mai 2019, de 10h30 à 12h00 à l’ENS Paris-Saclay ISP.

Pour s’inscrire : msh-paris-saclay.fr

Le début des années 1960 constitue le moment de la mise en place d’une politique de développement de la recherche sur contrat autour d’un dispositif interministériel de financement inédit, le Fonds de développement de la recherche scientifique et technique, qui rompt avec les pratiques classiques d’allocation de fonds récurrents aux institutions de recherche. Cet article montre que le fonctionnement de ce dispositif repose sur un gouvernement par la proximité des projets de recherche, dont la mise en place s’explique au croisement d’un projet réformateur incomplètement institué et des caractéristiques de fonctionnement du monde académique de l’époque
L’article cible la genèse d’un dispositif précis de financement de la recherche, mais à partir de là, il s’agit d’aborder plus largement la question de l’élaboration progressive et des transformations des politiques de la recherche et de l’enseignement supérieur en France après la Seconde Guerre mondiale.

Séminaire PéLiAS (périodiques littérature, arts, sciences) Les périodiques comme médiateurs culturels

illustration abstraite
Vendredi 22 mars 2019
Faculté des Lettres, Sorbonne Université, 16h – 19h, salle Paul Hazard (entrée par le 17 rue de la Sorbonne, esc. C, 2e étage)
 
Périodique et édition
 
Yoan Vérilhac (Université de Nîmes, RIRRA 21, Montpellier III) : Gallimard, livres et journaux.
 
Cette communication vise à explorer, à partir de l’exemple des périodiques fondés par la maison Gallimard dans l’entre-deux guerres (Détective, Marianne, Voilà, NRF), la question historique générale de la transition entre deux régimes médiatiques de communication littéraire : celui, régnant au xixesiècle, polarisé sur le journal (des sociabilités aux rémunérations en passant par la détermination des poétiques narratives, lyriques ou théâtrales), et celui du xxesiècle, centré sur le livre. 
 
Caroline Ehrhardt(Université Paris-8, IDHES) : Éditer une revue générale à caractère scientifique à la Belle époque: l’exemple de la Revue du Moisdu mathématicien Emile Borel. 
La Revue du moisa été fondée en 1905 par le mathématicien Emile Borel dans le but de « contribuer au développement des idées générales par l’exposition et l’étude critique des progrès réalisés dans la connaissance des faits et des mouvements d’idées qui en sont la conséquence ». Revue générale à caractère scientifique, elle propose ainsi à un lectorat cultivé – mais non spécialisé –  de prendre connaissance non seulement des développements récents mais aussi des enjeux liés à ces développements, et ce dans le domaine des sciences expérimentales, des sciences humaines, mais aussi des mathématiques.
Il s’agira dans cette communication de présenter dans un premier temps les intentions et la mise en acte de ce projet (définition de la ligne éditoriale, stratégies mises en place pour conquérir un public etc.). Nous nous interrogerons ensuite sur les rouages éditoriaux de la présence des sciences, et plus particulièrement des mathématiques, dans un périodique généraliste. Nous nous efforcerons enfin de restituer les enjeux, tant personnels pour Borel que scientifiques et sociaux, voire politiques, de la mise en avant dans sa revue de l’usage des mathématiques pour le monde social. 
 
Organisateurs :
Hélène Védrine (Sorbonne Université, CELLF 19-21)
Norbert Verdier (Paris-Sud, EST-GHDSO)
Alexia Kalantzis (UVSQ, CHCSC) 
 
Comité scientifique :
Evanghelia Stead (UVSQ, CHCSC & IUF)
Hélène Gispert (Paris-Sud, EST-GHDSO)
Viera Rebolledo Dhuin (UVSQ, CHCSC)
Hélène Védrine (Sorbonne Université, CELLF 19-21)
Norbert Verdier (Paris-Sud, EST-GHDSO)
Alexia Kalantzis (UVSQ, CHCSC)
 
Label MSH Paris-Saclay & CELLF 19-21

Savoir & Pouvoir – 3e séance – 12/11/2018

Ban_Savoir&Pouvoir

Boris Samuel, chargé de recherche à l’IRD. Impératif international de quantification et micro-politique du calcul des indicateurs de pauvreté dans la Mauritanie des années 2000.

Prochaine séance le 12 novembre 2018, de 10h30 à 12h00 à l’ENS Paris-Saclay ISP.

Pour s’inscrire : msh-paris-saclay.fr

Dans les années 2000, la production de statistiques sur la pauvreté conditionne l’accès de nombreux pays dits « en développement » aux financements internationaux, notamment pour l’effacement de leur dette publique. Dans cette communication nous analyserons les microprocédures de l’élaboration des données en Mauritanie, dans une conjoncture de crise politique multiforme, en retraçant les interactions entre une pluralité d’acteurs nationaux et internationaux. Nous mettrons notamment en lumière la reconfiguration des institutions statistiques et économiques, qui s’opère à la fois pour répondre à cet impératif international de quantification, et en reflétant les luttes politico-administratives et factionnelles qui se déroulent au sein de l’appareil d’Etat dans une période de changement de régime. Nous montrerons aussi comment les rapports de force entre acteurs se couplent à des controverses autour des chiffres sur la pauvreté : pour répondre à l’injonction à quantifier, experts statisticiens nationaux et internationaux produisent des estimations hautement critiquables et fragiles, mais celles-ci nourrissent à leur tour les luttes au sein de l’appareil d’Etat et avec les partenaires internationaux du pays. Cette sociologie fine de l’élaboration des chiffres éclairera la place qu’a pris l’impératif de quantification et d’évaluation dans les trajectoires de la Mauritanie. Elle éclairera aussi les liens que les administrations nationales de ce pays entretiennent avec des acteurs économiques et politiques internationaux, et les jeux de l’extraversion à l’ère néolibérale de l’évaluation. Enfin, elle permettra de saisir la construction sociale de discours sur la pauvreté présentés in fine comme objectifs.

Instruments-acteurs-réseaux-savoirs

Pour une approche matérielle et locale de l’instrument scientifique.

Prochaine séance 3 juillet 2018, de 14h à 17h30.
Visioconférence possible sur demande.

Contact : marie.itoiz[at]u-psud.fr

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